mercredi 28 janvier 2009

La marche


Il était une ardoise; il aurait pu être de toutes les couleurs, mais le noir l'avait choisi et, malgrè son titre très mal porté de roche, il se fendait au moindre mot, comme un moineau qui se sait petit, que se sait quelconque, et qui s'envole au moindre souffle. Ça sentait le soufre partout autour de lui, à un tel point qu'en se réveillant ce matin, il s'était cru en enfer et, l'espace d'une seconde, s'était presque senti heureux, non pas à cause du lieu qu'il s'imaginait, mais du lieu ou il ne s'imaginait plus.
Et puis il avait regardé dehors, sans rien remarquer.

Et puis il était sorti, et c'est là que c'était arrivé.
En réalité, il ne voyait rien, enfin, il voyait la neige, les flocons qui lui martelaient le visage, lui agitaient les cils, lui faisait cligner des yeux comme pour mieux voir, mais il ne voyait rien, il se sentait tout léger, tout libre dans cette neige qui l'entrainait ; il oublia ou il allait et se laissa porter par ces bourasque, changeant brusquement de direction sans poser de questions, parfois sautant vers le ciel comme si le vent allait l'entrainer avec lui plus haut, plus loin, vers un endroit qu'il ne connaitrait pas, avec des gens qu'il ne comprendrait pas, dans une vie qu'il découvrirait.

Et puis il ne voyait plus que ça.


Du neuf, du pur.

Il ouvrit les yeux pour réaliser qu'il s'était perdu. "Si se perdre, c'est ne plus savoir ou l'on est, alors j'était déjà perdu avant de fermer les yeux", pensa-t-il en même temps qu'il se demandait ce qu'il ferait ensuite. Voulait-il vraiment rentrer chez lui? Sic* Voulait-il vraiment retourner au logement qui lui appartenait?

Il continua sa route, songeur.


Ardoise, Neige, Blanc, Photo de paysage par l'Hauteur

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